
Boîte aux souvenirs Il peut être difficile de faire parvenir des documents photographiques, tout le monde ne dispose en effet pas toujours du matériel nécessaire pour ce faire... Mais ils est une chose à la portée de tous : évoquer un souvenir précis, une situation particulière, un fait marquant, une anecdote émouvante ou amusante... tous inoubliables parce qu'ils nous tiennent à coeur, pour l'une ou l'autre raison. Peu importe qu'ils concernent Albertville bien sûr, mais aussi tous les districts environnants (Moba, Manono, Kabalo, Kongolo ou Nyunzu). A l'approche du 11 mars 2005, j'ai longuement hésité à relater la date anniversaire du dernier départ pour la colonie, me disant à quoi bon? Qui cela peut-il intéresser? Voilà qu'au hasard d'un contact avec un de nos GM (Gentil Membre, dans un certain Club) à qui je dois l'idée, l'occasion se présente avec l'ouverture de cette nouvelle rubrique. C'est donc en espérant faire de nombreux émules que je l'inaugure...
Publié les 5 et 11 juin 2006
Mes premiers pas en Afrique!
Je devrais dire nos premiers pas, ma femme Alice et moi!Nous venions de sortir de ce terrible conflit 1939-1945 et les USA et l’URRS commencèrent à s’affronter sur le partage de l’Allemagne. Nous ne voulions plus subir à nouveau les désastres du récent passé et nous étions convaincus qu’il était temps de changer de climat et de trouver un pays où nous pourrions vivre en paix et élever nos éventuels futurs enfants.
Un oncle se trouvait déjà au Congo depuis 1922. C’était Lambert Plees, qui possédait une sorte de monopole du transport des marchandises entre Usumbura et Bukavu, qui s’appelait alors, Costermansville. L’étroit escarpement de Kamanyola, qui serpentait la montagne avant d’arriver sur les hauteurs de Bukavu, que des tam-tam bien placés avertissaient du traffic, était un peu son oeuvre. Lambert Plees a d’ailleurs eu droit à un article dans le Pourquoi Pas? du 6 juillet 1953.
C’est donc sur le Congo Belge que notre choix s’est fait. Mais, non, non, nous ne voulions pas être à sa charge! Nous voulions être indépendants! Peu le sont au courant, mais les indépendants, futurs coloniaux, futurs planteurs, n’obtenaient pas facilement l’autorisation de s’établir au Congo. Je dois dire que comme vétéran, j’ai obtenu un petit avantage, mais, afin de recevoir nos visas d’entrée, il m’a fallu verser 10.000.00 francs par personne, soit 20.000.00 francs de caution! A l’époque ce n’était pas une petite somme!...
Nous venions de nous marier, Alice et moi, et nous avions décidé de faire de notre voyage vers le Sud, notre voyage de noces. Il a duré 16 mois! Oui, vous avez bien lu! Nous ne savions pas ce qui nous attendait en Afrique et, pourquoi ne pas l’avouer, âgés de 20 et 21 ans, mais mûrs sous bien des aspects, nous avions la naïveté de vouloir suivre les pas d’Henry Morton Stanley ( de son vrai nom, au Pays de Galles, John Rowlands), de Jack London et les rêves de Pierre Loti! J’avais acheté aux surplus de l’armée américaine, un camion avec lequelle nous allions faire notre déplacement. J’avais pensé que ce camion pourrait nous être utile plus tard, ce qui s’est avéré justifié. Nous avons traversé la France à notre aise jusqu’à Marseilles où nous avons embarqué et, par le canal de Suez, nous avons atteint Mombasa. Nous ne parlions l’anglais ni Alice ni moi mais nous possédions un dictionnaire Français-Anglais. La belle affaire, diriez-vous!... Dans nos esprit, nous pensions que dès notre arrivée nous nous trouverions en pleine brousse entourés de noirs à moitié nus! Mais du pont du bateau, nous pouvions apercevoir une ville, occupée par des blancs, des noirs, bien sûr, des arabisés et des indiens, tous affairés à leurs routines.
Et finalement, nous avons mis pieds sur le sol Africain. Nous avons été très bien accueillis. Les autorités de la douane et de l’immigration nous ont aidés et nous ont rendu la vie facile, d’autant plus que l’un d’entre eux parlait un peu le français. Mombasa était une ville et un port importants sur l’océan indien qui par son charme oriental nous a renforcés dans notre décision aventureuse, parceque c’était une réelle aventure dans l’inconnu que nous entreprenions et n’avons jamais regrettée.
Nos premiers pas en Afrique. Suite 2
Arrivés à Mombasa, nous y sommes restés plusieurs jours afin de nous acclimater à l'air du temps. Affirmer que nous n'étions nullement ou peu dépaysés serait vain. Nous avions tout à apprendre, puisque d'un pays où la grisaille était monnaie courante, nous nous trouvions juste au sud de l'équateur et au lieu de platanes et de saules pleureurs, bien que romantiques, le décor nous offrait, palmiers, baobabs et flamboyants. Comme les plans que nous avions formés avant notre départ de la Belgique (notre voyage de noces qui avait débuté depuis plusieurs mois et se continuait en Afrique, je le rappelle.), prévoyaient un séjour d'un mois à six semaines en territoires anglais (Kenya et Ouganda), nous nous étions quelque peu préparés en lisant certaines revues et en nous familiarisant avec la langue anglaise, mais sur le terrain le résultat fut différent en raison de l'accent (gallois, écossais, etc.) de nos interlocuteurs européens en plus de recourir à l' emploi de nombreux mots swahili, ce que, dit en passant, nous ferions tout autant nous mêmes plus tard sans y penser! Par ailleurs, les échanges pour se faire comprendre furent bien plus laborieux en ce qui concernait nos contacts avec les indigènes qui furent toujours d'un abord agréable et même hospitaliers. Nous pensions alors, petite digression et proportions toutes gardées, aux embûches qu'a dû rencontrer notre compatriote namurois, Pierre Minuit, lorsqu'il négocia en 1626, l'achat de l'île de Manhattan contre le paiement en breloques d'une valeur de 24.00 dollars. Sur le moment, il ne pouvait savoir que les Indiens avec lesquels il traitait n'étaient pas maîtres de l'île; ils se trouvaient sur Manhattan uniquement pour y chasser le gibier!
La vraie complication qui s'est présentée à nous lorsque nous avons quitté Mombasa, que nous avons bien aimée, en chemin vers le Congo, a été la conduite à gauche, ce qui m'a obligé à rouler plutôt lentement sur des routes tortueuses et à m'y concentrer au maximum et, comme tout bon Belge, à rouspéter à souhait contre cette incongruité anglaise de diriger et maintenir la circulation routière dans le mauvais sens. Mais par contre, avouons-le, cela nous a permis d'admirer avec plaisir le paysage, grandiose à certains moments. Nous nous arrêtions de temps à autre dans certains villages, soit pour nous dégourdir les jambes, soit pour y trouver de quoi nous nourrir et de quoi boire, ou pour faire le plein d'essence. Cela nous donnait l'occasion de faire plus ample connaissance avec la population dont la vue nous devenait jour après jour, plus familière. Les femmes, seins au vent, ce que bizarrement nous trouvions naturel, et les hommes recouverts d'un drap, qui avait dû être blanc à l'origine, lequel était retenu à l'épaule par un simple noeud, présentaient une position qui nous faisait rappeler à celle de certains oiseaux. Ils étaient appuyés sur un long bâton et se balançaient sur un pied qui supportait l'autre replié vers le haut et fixé au genou. Autour d'eux une ribambelle d'enfants, nus pour la plupart, mais le cou rehaussé de nombreux colliers de couleurs différentes, jouaient et riaient avec joie. Ce qui nous a frappés Alice et moi, était de constater les frimousses réjouies de tous ceux que nous approchions, alors que nous avions quitté les trop nombreux visages ronchons de chez nous... Je devrais dire avec plus de précision, de nos grandes villes.
Nos premiers pas en Afrique. Suite 3Durant notre périple, bien assis dans la cabine élevée de notre camion qui nous donnait une excellente vue sur tout ce qui nous entourait, nous faisions souvent le point, Alice et moi, sur ce que nous avions appris, sur les rencontres que nous avions faites, sur ce que nous pensions trouver sur ce continent encore mal connu d'un trop grand nombre, sur le style de vie dans la colonie, et surtout sur notre détermination à poursuivre notre aventure qui nous enchantait. Nous venions donc de passer trois semaines sur le bateau durant lesquelles nous avons côtoyé différents personnages dont certains hauts en couleur. Comme le bateau allait se rendre de Mombasa à Dar-es-Salam, puis à Madagascar et dans les îles de l'Océan Indien, de nombreux passagers, agents d'administration et militaires français, revenaient de vacances en métropole, qu'ils n'avaient plus prises depuis 1939-1940, en raison de la guerre. Ils étaient intarissables sur la vie aux colonies et nous étions, Alice et moi, tout oreilles à ce qu'ils disaient, ce qui nous a permis d'en tirer des leçons qui nous ont judicieusement servi. Nous étions tout jeunes, c'est vrai, mais ce que nous avions enduré durant cinq ans nous avait mûris.
Durant la traversé, deux incidents amusants nous sont arrivés, que je me plais à vous raconter. Nous avions fait escale à Suez et nous nous sommes promenés dans la ville, curieux de ce qu'il s'y passait et nous entrions dans des magasins pour avoir un aperçu de ce qu'il s'y vendait. Dans l'un, Alice, repère sur une étagère des boites de biscuits français, boites en métal bien soudées comme cela se faisait dans le temps. Heureuse de sa trouvaille, elle en achète une en disant que ce serait un petit changement agréable pour les desserts à bord, car nous n'y étions pas vraiment gâtés. En ressortant dans la rue, voilà qu'un Arabe, s'approche de nous gesticulant et tout souriant avec l'air de contempler une denrée rare; il me propose sérieusement et simplement d'acheter ma femme, comme si elle était une marchandise courante et que tout le monde savait que tout s'achète et tout se vend sur la place! Je ne lui ai pas demandé le prix qu'il comptait m'offrir! Vrai, j'aurais dû... Plus tard, devenu moins naïf, je me suis souvent reproché de ne pas lui avoir demandé le prix que ma femme valait… Pour avoir une petite idée! Bref, d'un haussement d'épaules, le regard réprobateur et d'un geste précis de la main, je l'ai chassé! Et la boite de biscuits, me demanderez-vous? Revenus à bord, nous l'avons ouverte, elle était remplie de sable à ras bord!
Un mot encore sur l'escale de Suez. Contre notre bateau à quai, mais prêt au départ, il y avait de nombreuses petites embarcations chargées de marchandises, qu'un Egyptien dans chacun d'eux, rames en mains, abordait afin de monter à bord, ce qui était permis à l'époque, puisqu'on ne parlait pas encore de terroristes, et de vendre ses produits au plus offrant! Outre les petits bibelots habituels, c'était des tapis, " Zoli tapis di s'orient" que le vendeur annonçait et qui intéressaient le plus les amateurs car les prix étaient attractifs. La majorité des passagers se laissèrent donc tenter. Les amarres larguées, les marchands débarqués, le bateau voguant vers le large, chacun se mit à inspecter son achat avec méticulosité et s'aperçut à sa grande déception que les "Zoli tapis di s'orient" avaient été fabriqués en Belgique!
Publié le 13 février 2006
Voilà en quelques mots des souvenirs se rapportant à plus de soixante ans dans le passé...
Gabriel BIRKENWALD
"L'appui-feu de Baka" (Editions De Krijger, Dorpstraat 144 – 9420 Erpe Tél (053) 80.84.49 – Fax (053) 80.84.53).
Cet ouvrage rédigé par deux connaisseurs de l’aviation raconte l’histoire des Harvard des flights d’appui-feu ayant opéré au Congo Belge durant les troubles de l’indépendance. Daniel Brackx, auteur de plusieurs ouvrages d’aéronautique belge et Jean-Pierre Sonck, auteur de plusieurs articles sur les aviations katangaise et congolaise, décrivent la dégradation croissante de la situation dans notre ex-colonie à partir de 1959. La Force Publique tenta de maintenir l’ordre en mettant en oeuvre ses troupes et son aviation et les Forces métropolitaines y participèrent avec quelques avions armés, principalement chargés d’effrayer les populations survoltées par la propagande des politiciens démagogues à l’approche de l’indépendance, notamment dans le Bas Congo et au Maniéma. La situation empira lorsque les soldats de la Force Publique et les policiers se révoltèrent contre les cadres européens en juillet 1960. Leurs exactions provoquèrent la panique parmi la population européenne et les Harvard armés furent engagés en soutien des Forces métropolitaines chargées de ramener le calme sur un territoire plus étendu que la France. La mission de ces avions armés prit fin peu après l’intervention des troupes de l’ONU.
Publié le 15 janvier 2006
Le singeJ'ai toujours été attirée par les animaux et cela depuis que j'étais toute petite et parfois ils vous laissent des souvenirs merveilleux, comme celui-ci.
Publié le 1er janvier 2006
A la Filtisaf, nous avions des amis, outre les Rosier, qui habitaient en oblique de chez nous, un couple de Français, les Dapsens, qui avait un chimpanzé, prénommé JACQUOT. J'avais 10 ans, nous nous entendions à la perfection; des heures de jeu en rentrant de l'école, les devoirs finis; c'était génial.
Arrive les 6 mois de congé des Dapsens, qui nous le confie pour cette période. On déménage la grande cage dans laquelle Jacquot dormait; la journée, après son bain, il était libre de courir librement dans le jardin.
Celui-ci était grand, faisant un coin, bordé de cocotiers; nous y avions des poules, des canards, une chèvre (Biquette), une tortue, un autre singe (Pinocchio). Jacquot était heureux et moi aussi.
Il comprenait tout. Pour le bain par exemple c'était dehors dans les bacs à lessive. Maman lui disait, "Jacquot, ta main droite, j'ai dit; pas la gauche"; et il tendait l'autre main, bref… Papa avait coupé un régime de bananes et l'avait pendu entre la maison et la cuisine, un espace couvert où le boy repassait, donc au dessus de la table en bois, suspendu à une poutre qui soutenait les taules.
Un après-midi, je vois Jacquot essayant de voler une banane du régime; je saute sur la table et a bout de bras, soulève le régime en rigolant; mais mon bras se fatiguant vite, je lâche le régime sans me rendre compte que Jacquot était juste dans sa trajectoire. Je le vois partir en l'air avant de retomber lourdement sur le ciment en se cognant la tête au mur. J'entends encore le bruit sourd de son crâne heurtant ce mur, mais en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, Jacquot s'est relevé et, moi qui m'étais accroupie, j'ai reçu sur la joue une gifle magistrale; ses cinq doigts marqués sur la joue; lui se tenant les côtes en riant la bouche grande ouverte, un rire profond… Il avait eu sa "revanche", et moi j'étais "toute paf".
Il aimait aussi entrer dans la maison, mais Maman le surveillait. Pendant la mini sieste de Papa dans le fauteuil du salon, il entrait tout doucement, volait une cigarette du paquet de Papa, buvait un coup à son verre de bière et filait tout heureux une fois encore d'avoir fait une bonne blague...
Nous descendions aussi parfois en promenade, à la poste... Jacquot était entre Maman et moi, nous donnant sagement la main et marchant courageusement "tout un temps", après je le portais à la "congolaise" haut sur ma hanche.
Qu'est devenu Jacquot, rendu au Dapsens à leur retour de congé, nous avons été évacués sans doute est-il dans le paradis des animaux, continuant de mettre de l'ambiance là-haut.
Les fourmis
Lors de l'inauguration de la statue de Roi Albert par la Reine Elisabeth, Papa et son frère faisaient partie des "anciens combattants" et Papa était porte drapeau.
Le jour J, mon Oncle prenait Papa avec sa voiture, tandis que nous les rejoignions plus tard avec ma soeur au volant (avec elle on allait beaucoup plus vite...).
Papa était pressé, car pour lui "l'heure c'est l'heure", ce qui n'était pas le cas de mon Oncle, pour qui l'exactitude et lui faisaient deux. Papa avait traversé la pelouse pour gagner 10 secondes et, dans la voiture déjà, avait tué une ou deux fourmis rouges sans y accorder trop d'attention. La cérémonie commence, avec la fanfare, Papa très stoïque, le drapeau flottant au vent, la Reine avec un beau chapeau et toutes les autorités de la place présentes... Papa devient blême… mais ne bouge pas d'un cheveu: les fourmis rouges entre-temps étaient montées le long de ses jambes et commençaient à s'en prendre à ses ... Quel supplice !
Cela pince et, qui plus est, en tirant dessus pour s'en débarrasser, le corps se détache tandis que la tête reste accrochée dans les chairs… Bref, quel courage ! Mais Papa était resté droit… Un vrai patriote, quoi !
Anita
Une bonne réflexion
"Un grand pasteur de Londres , très bien connu au sein de la communauté tenait un séminaire dans le hall d' un grand hôtel à Westminster( London City).
Il avait entre ses mains un billet de £50 (Cinquante Pounds) qu’ il agitait afin que tout le monde puisse bien le voir (le billet pas le pasteur).
Il posa ensuite cette question à l'auditoire :
"Qui parmi vous aimerait recevoir ce billet rouge?"
Les mains commencèrent à se lever, alors il dit :
"Je vais donner ce billet de £50 à l'un d'entre vous mais
avant tout permettez-moi de faire quelque chose avec."
Il saisit le billet, le chiffonna avec force puis il requestionna l'assemblée :
" Voudriez- vous toujours de ce billet ?"
Pas de changement, les mains se soulevèrent.
Bon, d'accord se dit-il, que diriez-vous si je fais ceci ?
Il déposa le billet froissé sur le pavé, sauta dessus à pieds joints , l'écrasa comme un mégot de cigarette jusqu'à le recouvrir par de la poussière du plancher.
Il souleva la tête et interrogea de nouveau la foule : "Qui veut encore avoir ce billet ?"
Eh bien, les mains continuerent de se lever !
Alors mes amis dit- il , vous venez d'apprendre une formidable leçon qui se résume comme suit : « Peu importe ce que je fais avec ce billet, vous le voulez toujours parce que sa valeur n'a pas changé, il vaut toujours £50 ."
"Maintenant pensez à vous, à votre vie.
Plusieurs fois dans votre vie vous avez été ou vous serez froissé, tourmenté, rejeté, critiqué, accusé malencontreusement par les gens ( connues ou inconnues ), par des situations ou par des événements.
Vous avez eu ou vous aurez l'impression que vous ne valez plus rien mais en réalité votre valeur n'aura pas changé du tout auprès de celles et de ceux qui vous aiment vraiment !
La valeur d'un individu demeure intacte aussi longtemps que celui-ci n' a pas perdu la raison.
Toussaint Tutu ( Student at Westminster University )
Publié le 10 décembre 2005
Comment nous avons atterri à Albertville
Mon Père, Marcel Davignon et son frère ont toujours travaillés ensemble dans les mêmes usines. Si l'un partait ailleurs, l'autre suivait. Papa était de 10 ans plus âgé que oncle René, n'empêche qu'à la Belgosuisse à Termonde où ils travaillaient, Papa était surnommé "le jeune", à cause de son éternelle bonne humeur, son humour, bref, voilà que mon Oncle se trouve en contact avec un Mr. de l'Union cotonnière de Gand, et dans la discussion cette personne lui propose de partir à Albertville pour la Filtisaf...........15j. après, cette même personne revient à l'usine et demande à voir Mr. Davignon, la préposée répond "oui, mais lequel? Le jeune ou le vieux?. N'ayant pas trouvé mon oncle "Vieux" (35 ans), il dit "le jeune" et donc Papa rencontre cette personne qu'il n'avait jamais vu.
Après avoir été mis au courant de toute l'histoire, Papa lui dit " ah! c'est de mon frère que vous parlez, je m'en vais le chercher, mais si ce grand c... ne vous a pas encore donné sa réponse... Si ça avait été moi, vous l'auriez déjà...... Pourquoi, cela vous intéresserait de partir aussi? Ah! que oui alors , si j'avais 10 ans de moins.... mais vu mon âge je n'ai aucunes chance.... Si, si venez à Gand passer des tests.
Il faut dire que Papa était entré à la marine à 17 ans et était monté en grade grâce a sa persévérance et l'amour de la mer; mais lorsqu'il a rencontré Maman elle n'a pas voulu d'un mari toujours parti en mer et c'est là qu'il a pris des cours du soir pour travailler dans le textile.
Par deux fois déjà dans leur vie Papa avait eu l'occasion de partir à l'étranger, en 38 au Brésil ( mais ma soeur était bébé), en 46 à Utexléo ( mais Anita était bébé), bref cette fois il n'a rien dit à Maman, a passé tous les tests et, seulement quand il avait son contrat en poche, en rentrant un soir, il a dit à Maman "Loulou, tu peux faire les valises nous partons dans 6 mois à Albertville et René et famille partent eux dans 2 mois..........
Du coup, tous les soirs Maman faisait une neuvaine pour que tout se passe bien; elle agenouillée devant la bougie, ma soeur et moi juste derrière et Papa assis sur une chaise derrière nous deux. Lui avait droit à la chaise car il avait travaillé toute une dure journée........et tous les Saints défilaient, St. Joseph , priez pour nous , etc.....et invariablement quand on en arrivait à St. Antoine, Papa tout bas, dans notre dos rajoutait "et son cochon". Et tous les jours Maman se retournait fâchée..."Loulou" pas devant les gosses voyons !!!!!!
Et les semaines passent, reste un mois à mon oncle pour partir... il se refroidissait de jours en jours: "Oui, mais je ne veux pas crever sous les cocotiers". Ma tante elle, ne voulait pas se faire manger par les crocos. Si bien que avons échangé les dates, nous sommes partis le 4 août 55 et les autres nous ont rejoints 4 mois plus tard.
Le grand départ en DC6 , décollage de Melsbroek, 3 jours pour enfin atterrir sur la piste en terre avec notre DC3 Dakota....... quel soleil, que d'odeurs nouvelles, le bonheur.
La Filtisaf, des maisons jumelées pour les agents, toutes meublées pareilles, sauf la direction qui occupait des bungalows; la nôtre était située juste devant le terrain de foot, nous avions à nos côtés les Meert, Monique, Willy et Sonja, à côté du terrain de foot, les tennis, puis la piscine, et devant le cercle.
Seule ma soeur savait nager, le premier dimanche au bassin Papa est monté sur le plongeoir et, c'est le cas de le dire s'est lancé à l'eau dans la grande profondeur; comme un chien, il a fini par arriver au bord sans couler, j'ai été la seconde à m'en sortir.... Maman, elle a mis près d'un an, et juste le crawl , pas question de se mettre sur le dos.
Ni ma soeur, ni moi ne jouions au tennis, par contre nous faisions du patinage artistique; les roues surmontées d'un bottillon blanc à lacets étaient en bois, des roulements à billes permettaient d'incliner les roues et de tournoyer, mais voilà les petites pierres sur les terrains de tennis entraient parfois dans le roulement, et tout se bloquait. Je ne décrirai pas ici les "pelles" que nous avons prises.
Maman et ses doigts de fée nous faisait des jupes en "un cercle" comme des tutus, réversibles, en cloqué, avec des paillettes, petits noeuds de velours ou autre décoration; c'était beau.
Anita DAVIGNON
Publié le 27 novembre 2005
Une histoire de voiture.
Mon Père (Marcel Davignon) et son frère (René Davignon) travaillaient tous deux à la Filtisaf, le premier comme technicien en teinture et impression, le second, impression et dessin.
Papa, qui n'avait appris à conduire qu'à notre arrivée en Afrique, soit en 1955, était très fier de sa première voiture......une "Prefect", voiture anglaise, haute sur roues, très étroite et pneus fins; mon Oncle lui, avait une "Oldsmobile automatique".
Papa travaillait en équipe, ce qui lui permettait de finir une semaine sur trois à deux heures de l'après-midi.
Ils étaient tous les deux pêcheurs, et allaient régulièrement taquiner le tilapia au pont de la Lukuga.
Ce jour là, ils s'étaient mis d'accord; Papa partait après son boulot et mon Oncle qui devait mettre sa voiture au garage pour un entretien, klaxonnerait à 4h3O en passant; Papa le reprendrait au garage et ils continueraient leur partie de pêche jusqu'à 6h.....
Putputputput, voilà mon Oncle qui passe, Papa lui fait signe qu'il arrive, il met tout dans la voiture, et se dit "bah! pour si peu de chemin, je ne vais pas démonter ma canne", et il l'a glisse en oblique, et démarre; mais, voilà le hic....à la sortie du pont, la route en terre, bordée de profonds caniveaux, tournait... la canne a glissé, s'est prise dans le volant....hé, hop! en moins de deux papa était au fond du ravin, sur le flanc, les portières bloquées, bref...
Au même moment venait assez loin le chauffeur de la Filtisaf, ramenant des dames ayant fini leurs courses et, comme tout le monde, il connaissait bien la voiture de Papa; il le voit de loin, une fraction d'inattention, et plus de voiture, sachant qu'il n'avait pas rêvé, il a eu la sagesse de stopper la voiture et de vérifier les ravins, c'est là qu'il a retrouvé Papa essayant toujours de se dégager, il saute sur la voiture, ce brave Joseph, et dit a Papa " dit Missié, pourquoi toi vouloir aller à la plaine d'aviation par la brousse, cé pas bien du tout ça !!!!" Il a fini par sortir Papa de sa fâcheuse position, qui lui a dit de retourner prévenir son frère qu'il avait un "léger" pépin avec la voiture, qu'il vienne avec la sienne. Je vous dit pas la tête de mon Oncle lorsqu'il a vu Papa sur le bord de la route, sa canne intacte dans la main et le sourire aux lèvres... Lui voulait rentrer prévenir Maman de suite, mais Papa a décrété que la partie de pêche n'était pas terminée et qu'ils rentreraient comme d'habitude vers 6h.
On pourrait penser que là s'arrête cette histoire, que nenni, quelques années plus tard, la Filtisaf a fait des travaux en cimentant l'allée devant l'usine et en y installant un rond-point, le centre de celui-ci était un rocher où la carcasse de la veille voiture de Papa y avait été cimentée (carcasse pas très rouillée d'ailleurs), des fleurs garnissaient ce joli souvenir.
La dernière fois que je suis retournée à Albertville, c'est en voyage de noces en 1964, chercher mon chien que mes Parents, évacués pour la xième fois, n'avaient pu emmener avec eux.
Nous y sommes restés une semaine avec cinq célibataires qui gardaient l'usine en attendant que la paix revienne, que les Mulélistes partent.
Adieu, petit coin de mon enfance ai-je pensé lorsque le DC3 a pris son envol...
Anita DAVIGNON
Publié le 25 novembre 2005
Kongolo : (1) La salle de bainLa salle de bain se trouve au bout du couloir qui dessert les chambres à coucher. Les murs sont peints d’un ton vert d’eau. La baignoire prend à peu près toute la largeur du mur du fond et est surmontée de deux petites fenêtres aux vitres dépolies. Là, sur ces fenêtres, se tient chaque soir un couple de lézards albinos. De ces lézards nocturnes, très communs sous les tropiques, gras et d’un blanc translucide, presque phosphorescents et qui ont l’air de crocodiles en réduction. Christine et Thierry s’amusent à les observer. Ils les ont baptisés Zozo et Zaza, l’un étant supposé être le garçon, l’autre, le plus gros, la fille. Et les paris sont ouverts. Zozo ira-t-il vers la droite ou vers la gauche ? Lequel des lézards attrapera cet insecte là-bas ?
- Tu as vu ? C’est Zozo qui l’a eu, c’est mon zalbinos le plus fort, se réjouit Thierry.
- Oui, mais tu triches, je t’ai vu lancer de l’eau sur ma Zaza.
Ils jouent aussi à remplir des seringues. Elles remplacent les revolvers à eau. C’est un marché conclu avec le docteur : si on se laisse faire gentiment pendant la piqûre, après il retire l’aiguille et vous donne la seringue.
Ils se servent du pommeau de douche comme d’un téléphone, comme font tous les enfants.
- Allo ! allo ! la Belgique ? Ici Kongolo-les Bains-de-Pieds !
Quelquefois leur mère les oublie et ils restent très longtemps dans l’eau jusqu’à ce que le bout de leurs doigts se ratatine.
Mais, le plus souvent, quand elle estime qu’ils sont restés assez longtemps dans l’eau, elle vient les exhorter à sortir illico presto! Ou bien elle les attend avec le drap de bain, assise sur le bord de la baignoire. Elle observe ses enfants, s’inquiète de la maigreur de sa fille :
- Regarde-moi ça, on voit toutes tes côtes! Et ces ailes de poulet que tu as dans le dos !
- C’est vrai qu’t’es maigre ma grosse ! renchérit Thierry
Elle inspecte leurs ongles, leurs oreilles. Elle inspecte aussi l’intérieur de leurs yeux, vérifie s’il y a du rouge à la base du globe. S’il n’y en a pas, c’est un signe d’anémie et qu’il faudra aller au dispensaire faire des séances d’ultra violet.
Elle leur frictionne la tête avec de la lotion Petrol Haan. Ils aiment ça. La couleur verte. Il faut secouer la bouteille pour mélanger. L’odeur enivrante que ça a et la sensation de fraîcheur que cela procure à cause de l’alcool.
Kilis (alias Christine LERUTH)
Publié le 25 novembre 2005.Kongolo : (2) La poste
Souvent, en fin de journée vers les cinq heures et demie, juste avant le coucher du soleil on se donne un but de promenade. Quelqu’un lance : Et si on allait jusqu’au dispensaire ? à la pépinière ? aux tennis ? au fleuve ? … mais le dimanche, la destination est toujours la même : c’est la poste, car le sac courrier arrive le samedi par le train de nuit ; il est trié le dimanche matin. Les gens sortent donc des parcelles, se retrouvant par petits groupes pour une ultime balade dans la fraîcheur revenue, sous un ciel qui se cuivre et leur donne un teint de miel doré. Les enfants vont devant, babillant gaiement, chantant quelquefois. Les adultes papotent, stationnent ci et là pour mieux goûter une anecdote, commenter un paysage. De temps à autre une voix plus aigue ou plus forte, un rire, éclate dans l’espace comme une bulle de savon.
Juste avant la croisée des routes vers la pépinière et la rivière Kangoï, au travers des herbes hautes, on aperçoit un bâtiment carré, la poste.
Les boîtes postales sont regroupées en casiers numérotés accessibles de l’extérieur. Chaque famille possède son cadenas, son numéro. Celui des Lamar, c’est le 27. Frères et sœurs se chamaillent pour obtenir la clef minuscule. On fait la course pour arriver le premier et plonger avec délice la main dans la petite alcôve.
Ensuite chacun exhibe son butin : une enveloppe bleue par avion, un magazine tant attendu, un petit colis, quelquefois rien.
Au retour, la nuit monte des frondaisons déjà noires. Quelques lucioles parfois traversent l’air comme des poèmes furtifs. Christine les attrape avec son frère et, dans le ciboire de leurs mains jointes, palpite un instant un peu de magie bleue.
Kilis (alias Christine LERUTH)
Publié le 24 septembre 2005.
Petite fille aux yeux d’ébène,
La vie est belle,
Quand elle se donne la peine
De toucher tes épaules de ses ailes.Saint-Pierre, je crois, a oublié un bout de planète,
Du coté de chez toi.
Ta terre, celle, qu’on dit africaine,
Et qui, je ne sais pas pourquoi,
Reste à la traîne.Les dieux sont tombés sur la tête.
Ils sont en phase critique
D’une crise amnésique
Qui touche, je ne sais pas pourquoi,
La belle Afrique.Petite fille aux yeux d’ébène,
La vie est belle,
Quand elle se donne la peine
De toucher tes épaules de ses ailes.Une main diabolique a jeté un sort
Sur l’Angola, le Soudan et consorts :
Quelques épidémies par ci, une guerre par là,
La famine çà et là,
La grande débâcle à tout va !Que faites-vous sorciers et marabouts
Pour mettre fin à ce courroux ?
Où sont vos grigris, talismans, amulettes
Pour éloigner cette peste ,
Qui telle une vermine
Répand ruine et famine ?Petite fille aux yeux d’ébène,
La vie est belle,
Quand elle se donne la peine
De toucher tes épaules de ses ailes.Saint-Pierre, ce n’est pas sérieux,
Il faut vous remettre à l’ouvrage
Et gommer cet outrage
Avant l’ultime naufrage.Petite fille aux yeux d’ébène,
C.F.
La vie est belle,
Quand elle se donne la peine
De toucher tes épaules de ses ailes..
Publié le 25 avril 2005.A propos de la visite de la Reine Elisabeth, dont je me souviens comme si cela s'était passé hier, j'en ai les souvenirs suivants : l'accueil à l'aéroport, la messe solennelle à l'église Christ-Roi, située à l'entrée de la ville et qui est en fait l'église principale, les démonstrations civiles et militaires au stade, l'inauguration du monument au Roi Albert (j'ai regardé la cérémonie du haut de la terrasse de la maison des Stavros), la visite de la Reine à l'ancien camp militaire situé un peu au-delà du village des pêcheurs, sur un promontoire où un gradé lui racontait la bataille contre les esclavagistes (j'étais à deux pas et le récit m'a passionné) et enfin, lors de son départ en bateau, j'ai accompagné mes parents et... La Reine m'a signé mon journal personnel. Assez inoubliable!
José DE BAETSPublié le 16 mars 2005.Chui, Baba, Evariste, Assani......ils aidaient à l'entretien de la maison, du
jardin, au repassage....
Quelle joie quand Evariste arrivait à la maison, il y avait des nouvelles
robes, des kapitulas en préparation. Toujours bien mis, Evariste était un
couturier ambulant, le sourire aux lèvres, ses doigts magiques nous
confectionnaient, dans des tissus africains, des tenues légères et colorées.
Baba s'occupait du jardin et des poules ; nous l'aimions de tout notre âme
d'enfant. Quand il est parti là-haut, notre journée fut remplie de tristesse,
un Baba au coeur tendre nous quittait.
Chui aidait maman dans les tâches ménagères, avait un faible pour la Simba,
que je lui subtilisais dans " le garde-manger " le vendredi , jour de grand
nettoyage. C'était notre secret ......de polichinelle je crois, car maman devait
sans doute fermer les yeux sur notre connivence à tous les deux.
Assani s'occupait aussi du jardin, c'était notre moké... Jardin merveille...
bougainvillée sur la façade, goyavier, citronnier, avocatier et papayers
(divin le matin de se régaler de belles papayes oranges et dodues).
Il y eut d'autres Babas... pendant ces dix années de pur
bonheur... enfant blanc... adulte noir... adulte noir... enfant
blanc... on s'aimait, c'est sûr. Si leur visage s'est émoussé dans ma mémoire,
ils gardent une place dans mon coeur, dans ma tête... la place ensoleillée
qu'Albertville a imprimée dans ma mémoire... Albertville La Belle...
Un jour Baba, Evariste et les autres, nous nous retrouverons peut-être...
pourvu que cet endroit ressemble à Albertville.
@nniePublié le 14 mars 2005.Midi mange toutes les ombres. C’est l’heure immobile. Dans le jardin, les fleurs mollissent et les parfums se taisent
Ils sont assis sur les marches de la barza. Ignace lui apprend à tricoter. Il l’entoure de ses bras pour guider les mains blanches. Un point à l’envers, un point à l’endroit. C’est à la mission de Sola qu’Ignace a appris à tricoter, chez les Sœurs. Les aiguilles, il les a fabriquées en extrayant la nervure d’une feuille de palmier. Noués bout à bout, au hasard des trouvailles, des morceaux de ficelle, fils de laine, fibres de raphia, rubans de satin, lanières d’étoffe, … constituent la pelote. Elle ressemble à une vie : séquence … nœud … séquence … nœud …
- Ca y est, j’ai compris, dit Christine. C’est comme ça, hein Ignace ?
- Ndio, muzuri ! C’est ma-gni-fi-que ! Il poursuit en chantant « Oh la la la, mais c’est magnifique !»
Maintenant, ils reprennent ensemble, à tue- tête : « Revoir Paris - retrouver ses amis - c’est magnifi-î- queu ! ». Ils se trémoussent. Le tricot perd des mailles. Ils entonnent chansons sur chansons. C’est la folie. Tiens, justement : « Toi ma p’tite folie - toi ma p’tite folie - mon p’tit grain de fantaisi-eu … ». Ils ne s’arrêtent pas. Et celle-là, tu la connais ? Christine chante : « Etoi-leu des nei-geu - mon cœur amou-reux…..
- Ca, c’est quoi ? l’interrompt Ignace.
- Une chanson de ma grand’mère Denise.
- Non. La neige, c’est quoi ?
Alors, la fillette explique. L’hiver, le froid, les flocons blancs qui dansent, … Il hausse les épaules, il rit. Ne la croit pas. Elle insiste, raconte les descentes en traîneau, les batailles de boules de neige, ... Il la regarde bien en face, il fait « wapi ! wapi ! » en secouant la tête. Elle voit sur le visage d’Ignace les mouchetures plus claires, des taches de son en négatif.
- C’est vrai ! Mungu moya ! La preuve, j’ai des photos !
Elle se lève. Disparaît dans la maison jaune.
Elle revient. Ordonne : « Ferme les yeux Ignace ! ». Il obéit. « Donne ta main ! ». Il s’exécute. Elle prend la main noire, la retourne, y dépose une poignée du givre qu’elle a raclé sur le freezer. Il réagit violemment, il crie que ça fait mal, que ça brûle. Elle rit.
Kilis (alias Christine LERUTH)
****
La barza = désigne la terrasse couverte qui donne sur le jardin. Parfois la barza court tout autour de la maison. De barazah , mot arabe qui signifie frontière et aussi lieu de réunion.
Ndio, Muzuri ! = En kiswahili signifie : Oui, bien !
Wapi ! = expression provenant du lingala que l’on peut traduire par : Des blagues ! Raconte ça à d’autres !
Mungu moya = En kiswahili, littéralement : Un seul Dieu ! Cette expression est accompagnée du geste de se trancher la gorge et signifie : Je le jure. Ma tête à couper si je mens !Publié le 11 mars 2005.
Souvenir d'enfance
J’ai dans un coin de mon cœur,
Une petite madeleine de Proust
Qui, sans crier gare, me plonge avec délice
Quelques années, en arrière, au temps de la malice.
Albertville,
Petit poste d’Afrique,
Au bord d’un lac mythique,
Et ses cocotiers,
Vigiles débonnaires, d’une avenue unique
Aux yeux de l’enfant que j’étais.
Voilà bien des indices
Qui me transportent au pays d’Alice.
Alice qui court après le temps d’avant
Qu’elle a laissé filer si distraitement…
Souvenirs d’enfance
Aux parfums épicés, aux noms exotiques,
Aux fruits généreux gorgés d’innocence.
Citrons jaunes, beaux comme des petits soleils,
Goyaves qui ont ma préférence,
Papayes au goût corsé qui éveillent
Des moments de totale insouciance.
Autre petite madeleine
Qui m’entraîne
Comme Alice au pays des merveilles
Sur la rive d’un lac d’abondance
Au nom ensorceleur à nul autre pareilJ’ai dans un coin de mon cœur,
Une petite madeleine de Proust
Qui, sans crier gare, me plonge avec délice,
Quelques années, en arrière, au temps de la malice.
Albertville,
Petit poste d’Afrique,
Au bord d’un lac mythique,
Et ses cocotiers,
Vigiles débonnaires, d’une avenue unique
Aux yeux de l’enfant que j’étais.
Voilà bien des indices
Qui m’emmène comme Alice
Au pays des merveilles.
Sous le goyavier, ami des confidences.
Premiers élans du cœur,
Premiers regards rêveurs,
Premiers baisers candeur,
Première peine de cœur,
Souvenir d’enfance.
J’ai dans le coin de mon cœur
Une petite madeleine de Proust
Qui, sans crier gare, me plonge avec délice,
Quelques années, en arrière, au temps de la malice.
Albertville,
Petit poste d’Afrique,
Au bord d’un lac mythique
Au nom ensorceleur à nul autre pareil.
C. F.Publié le 8 mars 2005.
Le vendredi 11 mars 1955, il y a 50 ans jour pour jour, je fréquentais l'école des Frères située au pied du beffroi (tour où l'on sonnait l'alarme au Moyen-Âge) de Mons. Le hasard a voulu que je fasse ma première communion le matin même en l’église de N.-D. de Bon Air tandis que nous nous préparions à prendre l’avion à destination de Léopoldville. En début d’après-midi, toute la famille avait pris place à bord de la petite VW de l’oncle Marcel pour effectuer le trajet jusqu’à l’aéroport. Je m’étais installé à ma place préférée, le compartiment à bagages situé juste derrière le siège arrière (pour ceux qui s’en souviennent encore).
Le 13 février 1955, un DC-6 de la Sabena effectuant la liaison Bruxelles-Léopoldville s’écrasait sur une montagne, peu avant 20h00, dans sa manœuvre d’approche de l’aéroport de Ciampino à Rome. Nous allions prendre le même avion de 17 heures à Melsbroek... mais un mois plus tard ! Après avoir voyagé toute la nuit, nous avons atterri à Léo dans la matinée du samedi 12 mars. Nous y avons logé au guest-house Sabena jusqu’au dimanche tandis que nous profitions de la journée de samedi pour aller faire un tour de la ville et revoir les endroits que nous avions fréquentés et où nous avions habité lors de notre premier terme en 1950, aux « Cent maisons », à « Plateau Léo II ».Le dimanche 13 mars, nous avons pris un DC 3 de la Sabena à destination d'Albertville. Le voyage fut mouvementé car l'appareil dut traverser un de ces orages tropicaux qui fit penser à plus d'un que sa dernière heure était arrivée. Il y eut encore une succession de "trous d'air" qui chaque fois faisaient perdre à l'avion quelques dizaines de mètres d'altitude voire d'avantage tandis que les éclairs illuminaient l'environnement nuageux ainsi que l'intérieur de la carlingue du vaillant DC 3, véritable bonne à tout faire des lignes intérieures de la colonie. Le voyage tumultueux trouva un intermède avec l'escale de Luluabourg où, installés dans la salle d’attente du guest-house, ma soeur Martine, 5 ans, remit tout ce qu'elle avait dans l'estomac; elle qui ne supportait pas les voyages, qu'ils furent en voiture ou en avion. Je me souviens aussi avoir été jouer avec mon ballon de football dans les alentours, le temps que dure la maintenance de l'avion. Avant le départ, ma grand-mère avait eu soin de placer celui-ci dans un filet à provisions, en coton à grandes mailles, avec lequel elle avait l’habitude de faire son marché.
L’approche en vue de l’atterrissage sur l’aérodrome d’Albertville s’effectua selon la procédure habituelle, c'est-à-dire par le survol du lac afin d’aller chercher le début de la piste... toujours impressionnant. A l’aérodrome, nous étions attendus par Monsieur Gobbaerts, fin de terme, venu de Bendera et que papa allait remplacer à la comptabilité des Forces de l’Est. Nous avons passé la nuit à Albertville afin de nous rendre le lundi matin au Regina Pacis, établissement scolaire tenu par les Soeurs Missionnaires de N.-D. d'Afrique, juste le temps nécessaire à mon inscription, car je ne disposais pas encore du trousseau indispensable au futur pensionnaire que j'étais. C'est donc dans le courant de la journée du lundi que nous avons pris la route pour effectuer les 150 Kms qui nous séparaient de Makungu, situé à une trentaine de kilomètres au-delà de Bendera. Makungu était un petit poste minier désaffecté de la Syluma (Syndicat Minier de la Luama), société d'exploitation des mines d'or, situé à l'extrémité du Sud-Kivu, pratiquement sur le 5ème parallèle; tandis que Bendera se situe à l'extémité du Nord-Katanga. Nous avons donc été logés pendant quelques mois à Makungu en attendant que se termine la construction de la maison qui nous était destinée à Bendera. La maison était la première à gauche, juste après avoir franchi la barrière d'entrée dans le poste desservie par un garde-barrière.
Le même jour après-midi, nous étions invités à Bendera à l'ancien petit mess de la société, qui allait être remplacé un peu plus tard par le nouveau, plus grand. Le hasard voulut qu’un apéritif fut offert en l’honneur du passage de monsieur Pascal JEULETTE, un des directeurs et administrateurs des Forces de l’Est; une personnalité particulièrement attachante, originaire de Gerpinnes. A Makungu, vivaient encore les Hausch, Brocal et autre Tessere. Il n'y avait ni eau courante, ni électricité. C'était le royaume de la touque (fût en tôle) pour contenir l'eau et la chauffer au feu de bois, de la lampe Coleman (lampe alimentée au pétrole et pourvue d'un "manchon" d'où jaillissait la lumière), de la "glacière" (réfrigérateur fonctionnant, lui aussi, au pétrole). Seuls quelques vestiges de ce qui fut, dans les années 40, cette petite localité pleine d’activité subsistaient: un terrain de tennis envahi par la végétation, le mess abandonné avec tout ce qu’il contenait (un billard, du mobilier et même les guirlandes ayant servi aux derniers réveillons de Noël et Nouvel-An ! Une véritable caverne d’Ali Baba pour les enfants que nous étions… Aussi, ne manquions nous pas de nous y introduire en actionnant le système de fermeture intérieur que l’on atteignait, juché sur les épaules des plus grands, grâce à un carreau cassé dans le haut de la porte.
Ainsi commença notre dernier terme qui allait s’achever aux environs du 15 juillet 1959 et un retour en Belgique via l’Ouganda, le Kenya (Mombasa) avec embarquement sur un bateau anglais, le "Rhodesia Castle" de la Union-Castle Line, pour Londres via Tanga, Zanzibar, Dar-es-Salaam, Beira, Lourenço Marques, Durban, East London, Port Elizabeth, Cape Town, île de Ste-Helène, île de l'Ascension, Las Palmas (Canaries).
Jean-Pol CORNU
©
2004 Liliane Schraûwen, Jean-Pol Cornu et Jean-Jacques Meert Les images et les textes restent la propriété exclusive des auteurs respectifs. Reproduction interdite sans l'accord écrit des auteurs. Voyez notre page " protection de la vie privée et droits d'auteur " |
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